Le 18 octobre est devenu désormais la date incontournable pour le monde des véhicules électriques taïwanais développées par Hon Hai, nom à Taïwan de la société plus connue sous le nom de Foxconn internationalement.
Il y a un an, Foxconn dévoilait trois prototypes de véhicules électriques tous fabriqués sur la même base : la plateforme MIH et sous la joint-venture Foxtron entre Hon Hai et Yulon Motors le principal fabriquant de voitures japonaises à Taïwan qui a, depuis 2009, développé sa propre marque : Luxgen.
Malgré ce qu’on peut lire dans beaucoup d’articles francophones, Foxtron a affiché clairement son ambition dès le départ : adapter aux véhicules électriques le modèle « taïwanais » de sous-traitance sans marque inspiré de l’expérience dans les téléphones portables du géant de la sous-traitance. Ce modèle est connu sous le terme commercial de CDMS « Contract for Design and Manufacturing Service », traduit en français par service de conception et de fabrication sous contrat.
L’objectif est de devenir le leader dans la production de véhicules et, à fortiori, un acteur incontournable des véhicules électriques. Une telle présence sur le marché permettrait des investissements dans le développement de nouvelles technologies que les autres producteurs ne pourraient pas suivre, forçant peu à peu les leaders du marché automobile à sous-traiter la fabrication de leurs véhicules chez Hon Hai.
C’est donc dans ce projet que s’inscrivait la présentation de trois premiers prototypes en 2021 : le modèle C un SUV, le modèle E, une berline, et le modèle T, un bus citadin. En un an, sur les trois prototypes annoncés le 18 octobre 2021, un est en phase de production et l’autre déjà en circulation, le dernier n’a pas été poursuivi pour le moment. En effet, le modèle T transporte déjà les citoyens de la ville de Kaohsiung alors que le SUV, devenu le n7 chez Luxgen, est déjà disponible en précommande avec les premiers modèles livrés dès le premier trimestre 2023 sur le marché taïwanais.
Mais toute cette démonstration ne doit pas tromper sur les intentions du groupe et de la joint-venture. Ce processus est là pour prouver l’efficacité de leur système se reposant sur la plateforme MIH tout en montrant leur capacité à produire des véhicules en un temps record. L’élément marketing ici se résume bien dans la phrase encore rappelée récemment sur le compte Twitter de Hon hai : « du concept à la production en seulement un an ». Les ambitions du groupe restant bien au-delà des besoins du marché taïwanais alors que les prototypes n’ont qu’une vocation très limitée à être commercialisés internationalement.
Nous voilà donc un an plus tard, le 18 octobre 2022, pour la journée tech de Hon Hai ou HHTD 2022, qui ne se résume pas qu’aux avancées dans le domaine du véhicule électrique mais aussi aux innovations du groupe et de son institut de recherche le HHRI. Le spectacle a quand même mis l’accent sur les deux nouveaux concepts de véhicules : un crossover citadin utilisant une intelligence artificielle de pointe : le modèle B ; et un pickup dédié à des marchés étrangers : le modèle V.
Tout ceci, je le rappelle, produit sur le même châssis de véhicule électrique, surnommée par Foxtron : la plateforme MIH. La MIH Alliance parlera d’ailleurs en détail de ses évolutions lors d’une journée spécifique le 8 novembre prochain sous le nom de « MIH demoday Projet X. »
Nous en reparlerons certainement très prochainement lors d’un nouveau décryptage.
L’après-midi les dernières découvertes de l’institut de recherche Hon Hai (HHRI) ont été présentées mais ne seront pas développées dans ce sujet.
Pour finir, voici les principaux objectifs affichés par le président de Hon Hai, Young Liu (劉陽偉), lors de son discours d’introduction : produire 5% du parc mondial de véhicules électriques d’ici 2025 avec un chiffre d’affaire de mille milliards de dollars taïwanais (31,75 milliards d’euros) et un objectif à long terme d’occuper 40 à 45% de la production mondiale.
Avec cet objectif, Hon Hai marque bien sa politique qui n’est pas de créer une marque faisant concurrence aux marques actuelles, dont Tesla, mais de devenir un sous-traitant. Et le groupe espère même pouvoir attirer le leader mondial actuel avec des tarifs compétitifs sur le long terme permettant au groupe d’atteindre des objectifs proches de la moitié de la production mondiale dans un avenir lointain.
Par ailleurs, il faut rappeler que les sites de production déjà acquis par Hon Hai pour la production du modèle C et des futurs modèles B et V sera répartie sur trois sites, selon les marchés visés : Taïwan, les Etats-Unis et la Thaïlande. D’autres sites de production sont actuellement en discussion en Indonésie et en Inde. Certaines rumeurs sur Twitter avaient circulé sur la probable production du modèle B en Chine, ce n’est pas le cas. Du moins, Hon Hai ne semble pas avoir investi dans le développement d’usines chinoises dédiées à la production de véhicules électriques pour le moment et n’a pas fait d’annonce dans ce sens.
Après cette introduction, plutôt longue, mais permettant de résumer l’événement et de le remettre en situation, nous allons nous attaquer au principal sujet : les deux nouveaux véhicules de cette HHTD 2022.
Les nouveaux prototypes présentés : modèle B et modèle V
Comme expliqué lors de l’introduction, nous avons deux nouvelles cartes dans le jeu des « sept familles » des prototypes développés par l’ambitieux constructeur taïwanais. Après la « berline du boss », le SUV et le bus, cette année le crossover citadin et le pickup viennent agrandir la gamme des véhicules proposés par le groupe. Les deux derniers prototypes arrivés ont vu leur design confié à la célèbre firme de design automobile italienne : Pininfarina.
Pour rester sur le modèle de trois véhicules présentés lors de l’événement, à l’instar de l’an passé, le troisième véhicule présenté n’est plus un prototype mais bel et bien la version finale et commercialisable du SUV de la gamme présenté l’an dernier. Le modèle C, nom du prototype développé par Foxtron, est devenu le n7, nom du modèle en vente chez Luxgen à un million de dollars taïwanais soit plus de 32 000 euros.
Voici les photos présentant côte à côte le prototype, le modèle C et le modèle final de Luxgen, le n7.
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Pour résumer les principales améliorations du SUV : gain de 60 chevaux par rapport au prototype de 2021 pour passer à 460 chevaux, 0 à 100 km/heure en 3,8 secondes et 700 kilomètres d’autonomie de batterie.
Pour ce véhicule, après 32 heures d’ouverture des commandes, 15 000 véhicules ont été précommandés.
Le modèle B : le crossover citadin et connecté
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Les crossovers sont ces voitures qui font le lien entre les SUV et les berlines familiales, ils sont souvent assimilés à des SUV compacts. Si on doit comparer le modèle B à des véhicules français on pourrait le comparer à des modèles thermiques tels que la Renault Kadjar, la Peugeot 3008 ou encore la Citroën C3 Aircross. Au niveau du modèle B, l’idée de compact est vraiment présente, la taille pourrait faire penser à une Renault Kaptur ou aux récents modèles de Golf de chez Volskwagen.
Mais l’autre atout de ce modèle citadin réside dans son architecture EEA architecture électrique et électronique et son propre système d’opération HHEV.OS (Hon Hai Electric Vehicle Operation System). Avant de rentrer dans ce détail, rappelons que l’entrée du modèle B s’est faite avec au volant le fondateur de Foxconn et Hon Hai : Terry Gou (郭台銘). Pour la petite anecdote, son nom en anglais a été présenté sous la forme de Terry Guo.
A la tête de la présentation du modèle B, le choix a été faite de mettre en avant une ingénieure séniore spécialisée dans le design qui a travaillé sur le projet : Yang Hsiang-hui (楊翔惠).
Le SUV compact cherche à concurrencer directement la Toyota Beyond Zero 4X vendu à Taïwan aux alentours de 1,67 millions de dollars taiwanais (53 000 euros).
Niveau spécificités, l’autonomie annoncée est de 450 km, contre 626 km pour le modèle japonais et offre une longueur totale de 4,3 mètres et un empattement de 2,8 mètres. Le coefficient de résistance à l’air a été évalué à 0,26. A l’intérieur, une tablette de 15,6 pouces fait office d’ordinateur central et permet le contrôle de tout le véhicule autant pour les fonctions de confort et de divertissement que les réglages techniques.
Il comporte en tout cinq écrans dans l’habitacle, trente-deux enceintes, vingt capteurs sensoriels et le véhicule peut se mettre à jour à travers un système OTA (Over the Air). Le véhicule est verrouillé numériquement et peut être ouvert et réglé à travers le téléphone portable du propriétaire et utilise notamment la technologie de bande ultralarge (UWB) et une clé par cloud (nuage) pour la détection de personnes et d’utilisateurs autour de lui. Autour du véhicule des écrans à LEDs permettent de personnaliser beaucoup de fonctionnalités et de communiquer avec l’environnement du véhicule en stationnement ou en déplacement. Un écran à l’arrière permet notamment d’informer les personnes qui suivent le véhicule des actions de son conducteur. Pour la sécurité, les systèmes ADAS (Advanced driver-assistance system) et DMS (Dealer Management System) ont été développés et installés dans le véhicule.
Le modèle V : un pickup utilitaire

L’idée du pickup semble bonne, encore très peu utilisée dans le monde du véhicule électrique avec une dizaine de modèles proposés par différents constructeurs mais dont la plupart sont des modèles allant compris entre 35 000 dollars américains et près de 115 000 dollars pour le plus cher. En entrée de gamme, vous trouverez trois modèles en embuscade l’Alpha Wolf à 36 000 dollars américains, puis le Chevrolet Silverado EV à presque 40 000 dollars américains ou encore le fameux Cybertruck de Tesla prévu aux alentours de 40 000 dollars américains. Le modèle le plus cher est bien sûr le Hummer EV vendu en entrée de gamme à plus de 110 000 dollars américains. Il existe un point commun à tous ces modèles : ils sont pour la plupart conçu par des marques américaines pour le marché américain.
Le modèle V s’inscrit également dans cette logique. Il vise clairement le marché américain, et ce n’est pas un hasard si ce véhicule sera fabriqué notamment aux Etats-Unis. Il sera aussi construit en Thaïlande en visant les marchés du sud-est asiatique et de l’Océanie où ce type de véhicules est également très populaire.
Pour présenter le véhicule, c’est l’ingénieure spécialisée dans l’optimisation de l’expérience utilisateur du véhicule (UX) qui se prette à l’exercice : Wu Chia-yi (吳家怡).
Wu Chia-yi a précisé qu’elle espère aussi que ce modèle sera populaire pour un nouveau type de clientèle à Taïwan. Ceux qui aiment faire des courses et s’aventurer en montagne pour des escapades et du camping. Pour cette raison, la porte de chargement arrière s’ouvre automatiquement à l’instar des coffres de la plupart des voitures modernes. La plateforme de rangement et de transport arrière mesure 1,45 mètres de long et peut supporter en tout une tonne de charge. La plateforme est également équipée d’un panneau de prises 110V et 12V permettant de brancher toutes sortes d’appareils électriques notamment destinés au camping dont les Taïwanais sont friands.
Le modèle V est également équipé d’un panneau à LEDs d’éclairage avant, situé au niveau de la calandre, permettant une parfaite visibilité dans les endroits brumeux et très sombres. L’habitacle 5 places est aussi spacieux que celui de la plupart des SUV. Au niveau des caractéristiques il peut parcourir 420 kilomètres et son niveau d’immersion est de 80 centimètres.
Enfin, plus de 50% des pièces et accessoires composant le véhicule sont fabriqués à Taïwan.
L’heure et demie de présentation des avancées de Foxtron est terminée. Dans l’après-midi a eu lieu également une demi-journée complète de présentations des avancées du HHRI. Au programme, l’avancement sur les batteries solides, les nouvelles intelligences artificielles liées à l’automobile que ce soit pour l’habitacle, la gestion de l’énergie ou encore de l’usure des composants, ou encore les dernières recherches en termes d’informatique quantique.
Radio Taiwan International
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