Le décryptage de ce vendredi 6 mai, est consacré au Festival international du documentaire de Taiwan (TIDF), qui s’ouvre aujourd’hui avec la projection du documentaire Remember Me du réalisateur Hung Chun-hsiu, qui se penche sur le passé militaire de l'archipel de Kinmen, situé a quelques km seulement de la rive chinoise.
Le festival comprend un programme riche et varié avec 12 sections différentes. Dans la compétition internationale, on retrouve notamment le film A Thousand Fires (Mille feux) de Saeed Taji Farouky, un réalisateur britannique d’origine palestinienne qui suit le quotidien d’un couple birman qui survit de l’extraction artisanale du pétrole dans la montagne. Une vie difficile ou le seul espoir réside dans une éventuelle carrière sportive professionnelle de leur fils adolescent. C’est un film à la photographie époustouflante dont l’ambiance musicale nous plonge de manière inévitable dans un état de contemplation.

Dans la compétition internationale, on retrouve notamment le film A Thousand Fires (Mille feux) de Saeed Taji Farouky (Image : Taiwan international Documentary Festival / TIDF)
Wanling, chargée de la programmation du festival, recommande également le film Danse macabre, un film thailandais aux images perturbantes et même très dures dont le titre est un clin d'œil au célèbre compositeur français de l’époque romantique. Notons par ailleurs que c’est la première fois que Danse macabre sera projeté en Asie :
"C’est l'œuvre de deux réalisateurs, dont le plus important est Thunska. On voit immédiatement que c’est un de ses films, car son style est très reconnaissable. Il est très doué pour mélanger différentes formes de matériaux : extraits de bulletins d’informations, séquences qu’il a filmées lui-même, mais aussi une chorégraphie, des vidéos extraites d’internet ou issues d’archives. Ce qui est intéressant, c’est qu'à première vue, il semble que tout ça n'a pas de logique. Mais au final, on se rend compte qu’il y a certains axes et points principaux qui se détachent. Il y a beaucoup de sens cachés qui sont des critiques de la société."
C’est aussi l’occasion de découvrir le film Zinder, dans lequel la réalisatrice Aicha MACKY observe un groupe d’hommes de la ville de Zinder, un ancien quartier de lépreux au Niger gangréné par la violence et les gangs :
"La réalisatrice est une femme. Il faut le dire car le sujet du film et le milieu sont très masculins, donc le fait qu’elle ait pu pénétrer dans ce genre de communauté est déjà remarquable en soi. Ensuite, il faut dire que la réalisatrice est née et a grandi dans ce quartier, a Zinder, avant d’aller étudier puis vivre ailleurs. Aujourd’hui, elle est réalisatrice mais c’est aussi une universitaire. Elle essaie donc de comprendre pourquoi des personnes qui sont nées et ont grandi au même endroit ont des expériences et prennent des directions de vie si différentes. Elle retourne donc sur les lieux pour chercher les causes de cette différence."
La compétition taïwanaise n’est pas en reste et offre une sélection touchant tout un panel de sujets, et où les îles périphériques de Taiwan sont bien représentées : "Les réalisateurs taiwanais s'intéressent surtout à ce qui se passe à Taïwan. mais bien sûr, il y a aussi des réalisateurs qui ont des origines différentes : malaisienne, birmane, … et qui tendent à avoir une aire d'intérêt un peu plus vaste. Je pense par exemple au réalisateur d’origine birmane Lee Yong-chao, qui présente deux films cette année : Rain in 2020 et The Bad Man, qui ont tous les deux la Birmanie comme toile de fond."
On trouve dans la compétition le film The Islands, de Chiang Wei-hua, qui suit un ancien étudiant militant du nom de Chen Ting-hao, qui a décidé de fuir le climat politique de Taipei qu’il qualifie "d'anxiogène" en se retirant sur les Îles Matsu ou il travaille en tant que fonctionnaire local.
Également au programme, The Taste of Wild Tomatoes, qui s’intéresse à l'histoire de l'après-guerre à Kaohsiung, dans le sud de Taiwan : "The Taste of Wild Tomatoes (Le goût des tomates sauvages) est un film intéressant. Le réalisateur Lau Kek-huat est aussi d’origine malaisienne et vit à Taïwan depuis très longtemps. Dans le film, il s’intéresse au massacre du 28 février en se concentrant sur ce qui s’est passé à Kaohsiung. On y voit des personnes qui ont vécu les événements ou des proches des victimes qui racontent. mais ce n’est pas un documentaire traditionnel avec des interviews, il y a une grande part d’expérimentation."
Chaque année, le festival propose la section “Filmmaker in Focus” avec une sorte de rétrospective sur un cinéaste. L’originalité de cette année, c’est que le Sud-africain William Kentridge, sélectionné pour cette édition, n’est pas vraiment un réalisateur mais un artiste extrêmement versatile : "Ce n’est pas un réalisateur à proprement parler mais plutôt un artiste qui touche à tous les domaines. Et ses films se basent en fait sur d’autres de ses œuvres. C’est surtout un peintre et un dessinateur qui travaille principalement au fusain. Et ces dessins ont ensuite été transformés en animation. Il joue aussi dans les films ou il interprète ses propos. Il y a aussi un aspect musical et de la sculpture. Et il y a dans son œuvre une réflexion et une critique indirecte de la société sud-africaine et du monde. On peut le voir à travers des personnes qui reviennent souvent dans ses dessins : le capitaliste, le mineur, … leurs relations, leurs gestes, et leurs intéractions permettent de voir la situation de la société et de l’économie sud-africaine."
Il faut aussi mentionner la section "Scènes contemporaines”, qui regroupe par exemple Irradiés, un long-métrage du célèbre réalisateur cambodgien Rithy Panh, qui croise la mémoire des hibakusha, les victimes des bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, avec celle des victimes des Khmers rouges et ses propres souvenirs.
L’Israélien Avi Mograbi y présente son long documentaire intitulé “Les 54 premières années : un manuel abrégé pour l’occupation militaire”, qui est littéralement présenté comme un cours sur l’occupation militaire ou le réalisateur lui-même s’adresse au spectateur face caméra. Pour ce film très pédagogique, qui permet vraiment de mieux comprendre le conflit actuel entre les territoires palestiniens occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza et l’Etat d'Israël, le réalisateur a interviewé face caméra 37 des soldats qui ont, pendant leur service obligatoire dans l’armée israélienne, mis en oeuvre et appliqué cette politique d’occupation.

L’Israélien Avi Mograbi y présente son long documentaire intitulé “Les 54 premières années : un manuel abrégé pour l’occupation militaire”(Image : TIDF)
C’est aussi l’occasion de découvrir “Le second rapatriement” (The Second Repatriation) de Kim Dongwon, qui est en fait la suite du film de 2003 ou le réalisateur, originaire d’un village aujourd’hui situé en Corée du Nord, suit le combat d’anciens espions nord-coréens capturés par le sud qui, après avoir passé, pour certains, 40 ans en prison, se battent depuis leur libération pour être renvoyés auprès de leurs familles.
Mais on retrouve également une section consacrée aux archives avec notamment un film basé sur des images de propagande de la colonisation hollandaise de l’Indonésie, ou encore "Reel Taiwan", une sélection de films sur les différents travails à Taïwan réalisés entre 1986 et 1991 pour la Broadcasting Development Foundation (廣電基金), l'ancêtre de la télévision publique taïwanaise PTS.
Bref, c’est encore un programme riche et varié que présente cette année le Festival international du documentaire de Taiwan, qui commence dès ce soir et durera, on le rappelle, jusqu’au dimanche 15 mai.
Radio Taiwan International
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