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Wang Xin-fu : portrait du “voyou” condamné à mort

  • 30-03-2022
Décryptage
Présentation du livre - le voyou Wang Xin-fu -, par l'écrivaine Chang Chuan-fen (photo CNA)

La célèbre militante taiwanaise contre la peine de mort, Chang Chuan-fen (張娟芬), également doctorante sur la question s’est penchée sur le cas du condamné à mort le plus agé de Taiwan, Wang Xin-fu (王信福), à travers une enquête qui a été retranscrite dans le livre : le « voyou » Wang Xin-fu.

Histoire du condamné à mort le plus agé de Taiwan
Wang Xin-fu fait partie des 38 prisonniers de l'île Lanyu qui attendent dans les couloirs de la mort leur exécution par balle.

M. Wang, 69 ans, est le condamné à mort le plus âgé du territoire et a toujours clamé son innocence.

Des organisations de défense des droits, dont l'Alliance taïwanaise pour l'abolition de la peine de mort (Taiwan Alliance to End the Death Penalty, TAEDP), ont lancé une campagne visant à le faire innocenter, faisant valoir qu'il a été condamné à tort dans l'assassinat d'un policier en 1990.

Le sexagénaire avait été arrêté dans sa jeunesse et alors considéré comme un "voyou" par le gouvernement de l'époque, seulement trois ans après la fin de la terreur blanche. Le gouvernement alors cherchait encore la voie démocratique. Wang Xin-fu a été condamné à mort sur la base de faits l’accusant d’avoir fourni une arme à un homme de main et lui avoir ordonné de tirer sur la victime, sur la base de déclarations de l'auteur du tir et de témoins.

Les militants affirment que sa condamnation présente "des failles évidentes", et pointent des témoignages incohérents, des soupçons de torture policière à l'encontre d'un témoin pour obtenir des aveux ainsi que l'absence de mobile ou d'empreintes digitales.

M. Wang avait fui en Chine continentale après avoir appris qu'il était recherché. Il a été arrêté en 2006 à son retour à Taïwan où il était revenu pour traiter un problème oculaire. 

Sa condamnation à mort a été confirmée par la Cour suprême de l'île en 2011. 

Dernière chance                                                                

En novembre 2021, des militants ont fait appel auprès du Yuan de contrôle après le rejet par le bureau du procureur général de leur demande de déposer un "recours spécial" pour M. Wang - l'un des seuls moyens de contester une condamnation définitive.

En 2018, le Yuan de contrôle avait conseillé au procureur général de déposer un appel en faveur du condamné à mort Hsieh Chih-hung (謝志宏), détenu depuis 19 ans pour meurtre. Il avait finalement été acquitté.

Aujourd'hui libre, M. Hsieh milite pour l'abolition de la peine de mort, arguant du fait que son acquittement et celui d'autres sont la preuve que la peine capitale est un système faillible.

Ses compagnons de combat se réfèrent à l'une des affaires les plus longues et contestées de Taïwan dans laquelle un tribunal a fini par annuler en 2012 les condamnations à mort de trois hommes pour le meurtre d'un couple, vingt ans auparavant.

L'année précédente, une autre affaire avait connu un grand retentissement médiatique: un tribunal militaire avait finalement déclaré innocent un soldat, exécuté 14 ans auparavant pour le viol et le meurtre d'une fillette âgée de cinq ans.

Demande de moratoire

La plupart des Taïwanais demeurent favorables à la peine de mort, même si l'île est l'une des démocraties les plus progressistes d'Asie. 

Quelque 35 prisonniers ont été exécutés depuis 2010, lorsque Taïwan a repris les exécutions après quatre ans d'interruption. Deux détenus l'ont été depuis l'arrivée au pouvoir en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen.

Les défenseurs des droits critiquent son gouvernement, pourtant progressiste sur certains sujets comme le mariage homosexuel. Taïwan a été en 2019 le premier territoire d'Asie à reconnaître les unions de personnes de même sexe. La présidente a qualifié d'épineuse la question de l'abolition de la peine de mort en raison d'un manque de soutien de la population. 

Le ministère de la Justice dit avoir relancé en 2017 un groupe de travail visant à faciliter son abolition progressive.

De leur côté, les opposants demandent un moratoire sur les exécutions et un calendrier pour leur abandon en soutenant des alternatives pour remplacer ce système de condamnation menant à la peine capitale.

Une alternative est l'incarcération à perpétuité à condition que le condamné travaille en prison et qu'une partie de son salaire soit reversée aux familles des victimes à titre du préjudice subi.

La famille de M. Wang n'a pas d'autre choix que d'attendre. Sa soeur Wen Mei-hui, 60 ans, dit espérer retrouver son frère en tant qu'homme libre.

Le voyou Wang Xin-fu, Chang Chuan-fen retrace le profil du condamné à mort dans un livre

Cette semaine l’écrivaine Chang Chuan-fen a organisé un forum de discussion au Kishu An Forest of Literature pour présenter son travail sur le livre « le voyou Wang Xin-fu ».

Chang Chuan-fen a admis lors de la réunion qu'il s'agissait de l'enquête la plus difficile qu'elle ait jamais menée : « Il était difficile de trouver des personnes à interroger et les parties n'étaient pas douées pour s'exprimer. Les souvenirs de chacun sont comme des fragments restant après une tempête ». Heureusement, à travers les déclarations de personnages clés et des documents trouvés dans les archives nationales et les documents historiques ont permi de faire la part des choses.

Chang Chuan-fen a déclaré qu'elle avait obtenu l'année dernière que Wang Xin-fu puisse regarder en prison le film « Le procès de Wang Xin-fu » réalisé par elle et le réalisateur Chienn Hsiang (錢翔). Après avoir regardé la vidéo, Wang Xin-fu, âgé de 70 ans, a éclaté en sanglots. Chang Chuan-fen a déclaré que malgré l’incapacité de se trouver aux côtés de Wang Xin-fu pour visionner le film, voir les larmes du vieil homme l’ont conforté dans son travail et lui ont prouvé que le jeu en vaut la chandelle.

Le forum était présidé par Lotus Chang (張惠菁), directeur éditorial de la maison d'édition Acropolis alors que les intervenants étaient composés de Chang Chuan-fen, de l’écrivaine Nathalie Chang (張亦絢)et la chercheuse associée à l'Institut d'études ethniques de l'Academia Sinica, Peng Jen-yu (彭仁郁).

Peng Jen-yu a déclaré que le mot « voyou », choisi pour le titre n’est pas anodin. A la fin du livre, on se rend compte que ce mot n’est pas un nom mais un verbe et qu’il désigne le fait que Wang Xin-fu se soit « fait voyouter », c'est à dire, un processus par lequel les autorités l'ont peu à peu fait passer pour un voyou, un malfrat.

Peng Jen-yu a ajouté : « Wang Xin-fu fait partie du peuple taiwanais. Le sauver, c'est se sauver soi-même et sauver le système conçu par la nation. » Peng Jen-yu estime que l'héritage du système judiciaire autoritaire datant de la terreur blanche est encore présent à Taiwan. Ce pouvoir en tort détruit encore beaucoup de gens et, selon Peng Jen-yu, tant que Wang Xin-fu sera encore condamné à la peine de mort, la loi martiale à Taiwan ne prendra jamais vraiment fin.

Selon le communiqué de presse fourni par la maison d'édition Acropolis qui a édité le livre de Chang Chuan-fen, l’écrivaine travaille depuis longtemps sur les questions de la peine de mort et des affaires judiciaires, elle avait d’ailleurs fait un doctorat en Europe sur le sujet. Par le passé, elle a déjà écrit deux livres sur des cas similaires en réalisant également des enquêtes suivant la même méthodologie. Le fond du livre raconte le débat social sur les injustices judiciaires à Taiwan en se focalisant sur Wang Xin-fu, le plus âgé des prisonniers condamnés à mort de Taiwan, ou l'histoire de la vie d'une personne ordinaire dont les droits humains ont été violés pendant la période de la loi martiale.

Animateur(s) de l’émission

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