La CJT s'est réunie jeudi pour examiner trois dossiers de sites dits "d’injustice" : le centre de détention d'Ankang, la prison militaire de Xindian et le centre de détention de Jingmei.
Trois sites situés dans le même quartier, dans le sud de Taipei, et dont l'histoire est étroitement liée à la période de la terreur blanche et des procès militaires expéditifs réalisés dans le cadre de l'application de la loi martiale à Taïwan entre mai 1949 et juillet 1987.
La Commission a annoncé qu’elle soumettrait prochainement au gouvernement ses recommandations concernant la préservation des sites en question.
La Commission avait d'abord approuvé, en mars 2021, une première série de 25 sites d’injustice liés au massacre du 28 février 1947, avant de s'atteler aux sites liés à la vaste période de la terreur blanche, avec trois sites examinés, approuvés et reconnus cette semaine, et 14 autres qui devraient suivre dans le futur, après examen.
Le Centre de détention d'Ankang est le seul des trois sites reconnus cette semaine à avoir entièrement conservé son apparence d'origine.
A partir de 2019, avec l'aide du Bureau des enquêtes du ministère de la Justice, la Commission a commencé à étudier la cartographie actuelle du site, à évaluer la valeur culturelle du lieu et à planifier le travail de rénovation et de préservation nécessaire.
Mais l'idée est aussi, comme cela se fait déjà au Musée des droits de l'homme de Jingmei, installé dans une ancienne prison pour détenus politiques, de travailler avec des anciens détenus du site pour qu'ils animent eux-mêmes des visites guidées et transmettent leur expérience aux visiteurs mais aussi à des groupes scolaires. Ce afin de combler un vide caractéristique des cours d'histoires des générations précédentes, pour lesquelles l'histoire du massacre du 28 février et la terreur blanche ne faisait pas partie du programme scolaire.
Car la Commission de justice transitionnelle, établie en 2018 pour, initialement, une période de trois ans, avait parmi ses missions principales, “ la lutte contre les symboles autoritaires et la préservation des sites d’injustice”. Une mission qui comprend aussi l’exonération des personnes condamnées injustement, ou encore la déclassification des archives militaires de la période de la loi martiale et l’établissement d’une base de données consignant tous les dossiers et les procès politiques de cette période.
Le Centre de détention de Ankang, qui est en fait la branche de Ankang du Centre de détention du Bureau de la loi martiale, relevant du Commandement de la garnison de Taïwan (Taiwan Garrison Command), était à l’origine sous la juridiction du Commandement de sécurité de la province de Taïwan, qui est devenu, en 1959, le Commandement de la garnison de Taïwan.
On ne sait pas encore exactement quand cette branche a été établie, mais la Commission estime que cela remonte au milieu des années 1950, après l’ouverture de la Prison militaire de Xindian en 1952. Une prison créée en raison du manque de place dans le Centre de détention militaire de la rue Qingdao Est, dans le centre de la capitale.
La branche d’Ankang, située au n° 42 de la rue Juguang, dans l’arrondissement de Xindian également, a donc servi de prison pour détenus politiques entre les années 50 et 70, en attendant la fin des travaux du Centre de détention de Jingmei, dans le même arrondissement.
Les anciens détenus du Centre ont rapporté avoir été soumis à divers travaux forcés pendant leur période de détention. Les détenus étaient ainsi divisés en groupes de production pour des travaux pénibles tels que la culture de vastes parcelles de terres, l’élevage des porcs, ou l’extraction de sable.
Mais les détenus ont aussi pris en charge les travaux de l’usine d’artisanat, de laverie et de couture du Centre de détention de la rue Qingdao Est, avant que celui ci ne soit remplacé par le Centre de Jingmei.
Une exploitation économique des prisonniers donc, qui se faisait pour ces derniers dans des conditions de vie très dures : sommeil à même le sol, latrines ouvertes constituées d’un trou au fond de la cellule, et caché par un muret d’un mètre de haut, ainsi qu’un point d’eau de l’autre côté de la pièce.
Un manque total d’intimité et de confort pour lequel le seul accès à l’extérieur était une fenêtre, protégée d’un grillage en fer, de 20 centimètres de haut.
En raison de son histoire, la Commission estime que des travaux de rénovation devront être exécutés sur le court terme avec, comme objectif de long terme, l’inclusion du site dans le travail d’éducation relative à l’histoire, aux droits de l’homme et à la justice transitionnelle.
Quant à la prison militaire de Xindian, elle a accueilli des prisonniers politiques célèbres tels que Chen Ying-tai, Lei Chen ou encore Huang Shin-chieh, figure fondateur du mouvement Tangwai.
Mais la prison de Xindian est actuellement utilisée comme centre de traitement pour toxicomanes, et la reconversion en un lieu de mémoire n'est donc pas à l'ordre du jour. C'est pourquoi la Commission propose plutôt une rénovation, l'installation de panneaux explicatifs et l'organisation d'une journée annuelle portes-ouvertes à des fins éducatives.
Enfin, le centre de détention de Jingmei est connu pour avoir été le lieu de multiples procès , comme celui de l'incident de Formose ou incident de Kaohsiung, selon les appellations, en 1980, soit l'année qui a suivi les faits.
Le lieu a déjà été transformé en parc commémoratif de la terreur blanche de Jingmei, qui comprend un Musée national des droits de l'homme ouvert au public et qui est présenté par la Commission comme modèle de préservation des sites d'injustice. Le Musée propose d'ailleurs, comme la Commission veut les intégrer au centre de détention d'Ankang, des visites guidées effectuées par des anciens détenus volontaires.
Enfin, la Commission a proposé l'instauration, dans le futur, d'un "corridor des droits de l'homme" intégrant ces trois sites d'injustice, qui regroupent l'intégralité du processus de détention militaire en partant de l'interrogatoire, en passant par le procès, jusqu'à l'exécution de la peine.
Un concept qui doit permettre, selon la Commission, la préservation de la mémoire des violations des droits humaines perpétrées sur ces trois sites, à l'image de ce qui est fait, par exemple, à Amsterdam, aux Pays-Bas, avec la route de la résistance.
Radio Taiwan International
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