Taiwan depuis le début des années 2000 a toujours été le secteur stratégique silencieux. Malgré un écosystème complexe et ultra-développé qui aurait du faire de Taiwan le centre névralgique de la construction des véhicules électriques, l’ile a raté cette page de l’histoire de l’innovation et essaie désormais de rattraper son retard accumulé sur les dix dernières années, notamment à travers la société Hon Hai , connue sous le nom de Foxconn et sa plateforme MIH en coopération avec Yulon Motors (Luxgen) à travers la joint-venture Foxtron. Taiwan c’est également le fournisseur à hauteur de 75% des composants et accessoires Tesla. Pourtant, il faudra attendre 2023 pour que la première voiture électrique soit commercialisée à Taiwan.
Dans ce sujet nous allons non seulement revoir comment Taiwan a attendu si longtemps pour produire ses premiers véhicules mais surtout comment, au début des années 2010, l’ile a perdu la production de Tesla qui produira finalement aux Etats-Unis.
Après avoir établit la semaine dernière le contexte historique de Tesla à Taiwan et les principaux reproches faits à l'administration du président Ma Ying-jeou (馬英九) suyite à la pression américaine sur Tesla pour fabriquer ses véhicules sur le territoire du nouveau monde, cette semaine nous allons nous pencher sur des facteurs plus réalistes et techniques du choix de la société et voir que tout n'est quand même pas perdu pour les industriels taiwanais.
Les autres facteurs qui ont pu influencer Tesla à quitter Taiwan
En 2009 Le gouvernement taiwanais a largement été critiqué à Taiwan's pour ne pas avoir fait d’efforts pour garder Tesla sur l’ile. Dans les critiques de l’époque, le gouvernement n’avait même pas proposé de contre-offre après l’annonce de subventions américaines. L’opposition avait également reproché le fait que le gouvernement n’a pas offert un plan de financement pour le développement des batteries spécifiques et des chargeurs. Le PDP, à la manoeuvre, avait également critiqué le gouvernement KMT pour ne se soucier que des intérêts chinois.
Cependant, si on regarde l’analyse moins politique et de la part de personnes plus proches du dossier, tel Azizi Tucker, un ancien ingénieur senior qualité fournisseur pour le bureau d’achat et de développement de Tesla Asia, le retour de Tesla aux Etats-Unis était prévisible. Une des raisons qu’il avance, est le manque de réactivité des potentiels fournisseurs de Tesla à l’époque. Plus tôt dans ce sujet nous avions mentionné que Tesla en 2012 ne produisait que 20 véhicules par semaine. En 2009, Tesla avançait des commandes aux groupes taiwanais qui étaient du domaine de l’échantillon pour de la haute technologie. Beaucoup d’analystes en 2015 commençaient à reprocher le manque de réactivité des groupes taiwanais qui ne convoitaient alors que du volume et n’avaient pas l’intention de dépenser autant d’argent dans de la recherche et développement pour un retour plus qu’incertain. Seul deux ou trois entreprises stratégiques ont suivi le constructeur à l’époque, principalement celles que nous avons mentionné précédemment : Formosa Plastics, Hota, Fukuta ou encore Bizlink. C’était également la culture impreignée à l’époque par les relations avec le monde de la production chinoise.
Néanmoins, même si nous avons partagé l’analyse disant que le changement de majorité à la tête du gouvernement en 2016 a influencé le retour de Tesla dans l’écosystème des fournisseurs taiwanais, de manière plus pragmatique nous pouvons dire que le poids du volume de commande de Tesla n’était déjà plus du tout le même. Alors qu’en 2013, le constructeur américain livrait un peu plus de 22 500 véhicules, en 2016 la production avait plus que triplé avec plus de 76 200 véhicules. Cette année-là Tesla lançait également son SUV la Tesla modèle X. Ce n’est donc pas étonnant que les Taiwanais qui avaient refusé de collaborer dans un premier temps avec le constructeur se ravisent, d’autant plus que tout le processus de développement était déjà plus ou moins réalisé. A titre indicatif, Tesla a vendu, pour le seul troisième trimestre 2021, 241 300 véhicules et le chiffre du million de véhicules vendus est dans tous les esprits.
Un futur du véhicule électrique à jouer pour Taiwan
Récemment certains médias ont annoncé que Taiwan fournissait, plus ou moins directement 75% des composants des véhicules pour Tesla, un constat que Foxconn a certainement évalué ces dernières années et qui donne aujourd’hui la naissance de Foxtron.
Pour rappel, les véhicules électriques ont un mode de fabrication qui permet beaucoup plus de flexibilité. Le moteur est plus petit, compact et léger et ne nécessite pas autant de manipulations qu’un moteur thermique. A titre indicatif un moteur Tesla pèse moins de 50 kgs alors qu’un moteur thermique standard pèse facilement plus de 300 kgs même avec les matériaux actuels.
Avec cette indication, le mode de fabrication traditionnel des véhicules thermiques ,qui consiste à réaliser et assembler une grande partie sous le même toit, semble ne plus prévaloir pour la fabrication des véhicules électriques. Les sous-ensembles peuvent être ainsi réalisés par des fournisseurs tierces et assemblés ensuite par le constructeur. Néanmoins, cela va à contre courant de l’image écologique donnée au véhicule électrique. Est-ce que les enjeux climatiques et environnementaux internationaux seront le frein à la surindustralisation de Taiwan dans le domaine des véhicules électriques ? Avec les politiques récentes des grands groupes taiwanais d’ouvrir des infrastructures intermédiaires stratégiques un peu partout dans le monde à l’image de TSMC, Taiwan n’a certainement pas dit son dernier mot.
Radio Taiwan International
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