Le weekend dernier, l’antenne anglophone de la Central News Agency (CNA), Focus Taiwan, a paru un article sur le sujet de la grande nouvelle des Jeux Olympiques de Paris 2024 avec la confirmation la semaine dernière du breaking comme épreuve ajoutée aux 28 autres sports officiels.
En effet à Paris 2024 auront le privilège de faire partie des sports additionnels l’escalade, le skateboard et le surf, tous trois reconduits depuis Tokyo, et c’est le baseball et le karaté, sports très liés à la culture nippone, qui n’ont pas été sélectionnés pour être reconduits en France. Beaucoup de karatékas dans le monde francophone ont été déçus, mais cela fait désormais le bonheur des danseurs de rue avec l’arrivée du breaking à Paris s’ajoutant aux trois autres disciplines marquant la volonté du Comité International Olympique (CIO) de s’orienter vers des sports plus jeunes, plus modernes.
Cependant le breaking a une faiblesse, il n’aime pas les institutions, en France il y a 5 000 licenciés à la fédération française de danse alors qu’en réalité le nombre de pratiquants serait de plusieurs centaines de milliers et à Taiwan ce serait aussi le cas.
Dans le breaking, appelé tout simplement danse de rue soit jiewu « 街舞 » en mandarin, les formes de compétitions sont infinies, tout dépend de l’inventivité de l’organisateur, c’est également un des autres défis de Paris 2024, comment respecter cette culture de la rue qui n’aime pas trop les cadres institutionnels. Cependant aux jeux olympiques de la jeunesse de Rio en 2018, où le breaking était invité, l’organisation semblait avoir trouvé un compromis avec un tournoi 1 contre 1 avec 16 athlètes femmes et 16 athlètes hommes dans deux tournois séparés.
Le tournoi reprenant beaucoup les codes de la compétition reconnue comme étant la plus exigeante au monde dans le milieu pour les affrontements individuels et organisée par la marque de boisson énergisante Redbull : le BC One dont la finale s’est déroulée le 28 novembre dernier. Alors que dans les autres formats de compétition, c’est le Battle of The Year (BOTY), qui a fêté son 30ème anniversaire cette année, créé en Allemagne mais organisé depuis plusieurs années à Montpellier en France, qui reste la compétition phare.
C’est donc sur cette base que Focus Taiwan a fait un sujet ce weekend évoquant le fait que la fédération de danse sportive taiwanaise avait déjà commencé à faire un travail de préparation en organisant de plus en plus de compétitions souvent sous forme de tournois, en breaking, le terme étant « battles ».
Cependant la grande question reste de savoir si Taiwan a la possibilité d’avoir des représentants à Paris. Pour répondre à cette question j’ai demandé à Bboy Showmilk (蕭奶) de m’accorder quelques minutes au micro de RTI. Il est un représentant du groupe Reformerz basé dans le nouveau Taipei et un des groupes les plus influents de la communauté à Taiwan. Bboy Showmilk, de son véritable nom Hsiao Sheng-wen (蕭勝文), est originaire de Chiayi, un des bastions de la pratique du breaking à Taiwan. Cela fait 13 ans qu’il pratique et est désormais membre des groupes Formosa, Reformerz et co-fondateur du studio multiactivités Flying Space. Il gagne sa vie principalement en donnant des cours de danse mais surtout en étant un coach sportif pour la préparation physique.
Le studio Flying Space entre salle de danse, de yoga et surtout de gymnastique et de tricking, est son tout dernier projet basé sur la rue Jianguo, non loin de la station Xingtian temple.
Autant dire que c’est un acteur très actif dans la communauté que j’ai rencontré pour donner son avis.
La première question que je lui ai demandée était « quel est le niveau taiwanais en breaking par rapport au niveau mondial ? » : « Le niveau de Taiwan en breaking par rapport au niveau mondial peut-être considéré plutôt élevé. Surtout depuis le groupe des années 2007-2008 qui s’appelle Formosa. Leur groupe en compétition par équipe a obtenu de très bons résultats internationaux. Donc à Taiwan, la principale pratique est celle en crew. »
Les équipes taiwanaises, ou crews comme elles sont appelées dans le milieu, qui sont de plus en plus nombreuses, permettent donc à Taiwan depuis la fin des années 2000 de se faire remarquer sur la scène internationale des principaux événements de breaking. Dans ce sens, à titre individuel, certains se démarquent spécialement ces dernières années selon Showmilk : « De nos jours, à Taiwan, il y a beaucoup de compétiteurs dont le niveau est de mieux en mieux. Par rapport au format demandé aux jeux de Paris, il y a quelques compétiteurs à Taiwan qui ont la possibilité de se retrouver sur scène. Par exemple le champion olympique de cette année Bboy Quake, il y a aussi Kenny G qui était le représentant taiwanais aux jeux olympiques junior de Rio qui a fait de bons résultats depuis qu’il a terminé le lycée. »
Il faut préciser que lorsque Showmilk parle du champion olympique il s’agit en fait du vainqueur du battle taiwanais qui a eu lieu le mois dernier et co-organisé par le comité olympique du Taipei chinois, une compétition faisant parti des nombreuses organisées cette année dans le cadre de la préparation des jeux olympiques avec un événement à peu près tous les deux mois : « Si on doit parler du niveau de Taiwan et de sa préparation, le gouvernement a déjà commencé à organiser des compétitions de préparation pour les jeux de Paris qui seront réparties de la manière suivante : en 2020 il y aura 7 tournois, en 2021, il y aura aussi 7 tournois et cela continue jusqu’en 2023 où il y a aura une liste de sélection des athlètes qui représenteront Taiwan et qui commenceront leur entrainement. On peut dire que Taiwan se prépare bien amont pour les jeux de Paris en ce qui concerne la préparation des nouveaux athlètes. »
Au niveau culturel le breaking a Taiwan est vraiment un mouvement qui a explosé, il n’est pas rare de voir des jeunes s’entrainer dans les halls de gare ou autour des grands monuments des villes. Cependant, en général les meilleures équipes ont leur propre salle et elles ne sont pas si nombreuses à pouvoir s’entrainer de manière professionnelle. Showmilk, donne selon lui celles qui auront le plus de chances d’avoir des danseurs pouvant être sélectionnés pour les jeux de Paris : « En étant objectif, les meilleures équipes sont TRZ de Chiayi, KGB de Hsinchu, TC de Taoyuan et Jhongli et les Reformerz du Nouveau Taipei et de Taipei. Ce sont les crews les plus gros de Taiwan pour le moment. »
Pour ce qui est de l’influence qu’a eu l’annonce du breaking aux jeux olympiques de Paris, j’ai demandé à Showmilk s’il avait remarqué, en tant que propriétaire d’une salle de danse, un nouvel engouement dans cette activité par exemple au niveau de la fréquentation des cours : « Avec les jeux olympiques à Taiwan, il y a de plus en plus d’enfants, d’adolescents ou de parents qui connaissent mieux ce style de danse qu’est le breaking. Il faut rappeler que le breaking appartient plus à l’origine aux arts du spectacle donc les participants à cette compétition devront faire des efforts pour s’adapter aux critères athlétiques des jeux olympiques. »
En conclusion, Showmilk a expliqué que la valeur athlétique, demandée pour Paris 2024 et importante aux principes des jeux olympiques, sera quand même surveillée par la communauté du breaking pour ne pas dénaturer le sport, il disait qu’à Taiwan la culture reste principalement autour de la danse et que les danseurs pourraient vite perdre leur intérêt dans l’événement s’il ne correspond pas aux valeurs de la culture hip hop auxquelles cette danse, devenu désormais un sport olympique, est très attachée.
Radio Taiwan International
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