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L’expert Jacques Gravereau interviewé par CNA souligne l’importance de la dissuasion face à la Chine

  • 12-12-2023
  • La Rédaction
L’expert Jacques Gravereau interviewé par CNA souligne l’importance de la dissuasion face à la Chine
Présentation du livre Taïwan, une obsession chinoise, de Jacques Gravereau (photo CNA)

Jacques Gravereau, fondateur et président d’honneur de l'Institut HEC- Eurasia, ancien président du Conseil de coopération économique du Pacifique (PECC), professeur à HEC et à Sciences Po, a été récemment interviewé par l’agence de presse taïwanaise CNA, à l’occasion de la parution de son nouveau livre, Taïwan, une obsession chinoise

Lors de cette interview, il a déclaré que la prise de Taïwan était le rêve historique de la Chine, mais que cela n’était pas aussi simple que l’on pouvait imaginer. Observateur des évolutions économiques et politiques en Asie de l’Est depuis une cinquantaine d’années, il a évoqué dans son livre trois scénarios dans le détroit de Taïwan : le maintien du statu quo, une intensification des menaces militaires chinoises avec le risque qu’un incident entraîne un blocus de Taïwan ou d’autres mesures, et enfin un conflit à grande échelle, en commençant par la prise des îles Kinmen, Matsu dans le détroit de Taïwan ou Taiping en mer de Chine méridionale. 

Dans cette dernière hypothèse, Pékin devra faire face aux réactions de la communauté internationale, telles que des sanctions et, en dernier recours, à la possibilité que les Etats-Unis bloquent le détroit de Malacca, ce qui affecterait l’économie mondiale. Quant au positionnement de l’Union européenne, Jacques Gravereau estime qu’elle s’alignera sur les Etats-Unis en cas de sanctions économiques, mais que l’UE n’a pas les moyens militaires suffisants pour projeter sa puissance en Asie.  

Selon Jacques Gravereau, la meilleure manière pour Taïwan d’éviter la guerre avec la Chine consiste en une stratégie de dissuasion, c’est-à-dire de convaincre Pékin qu’en cas d’attaque, la Chine a beaucoup à perdre sur le plan militaire, mais aussi économique.  

Il a par ailleurs souligné que le calendrier avancé par la Chine pour la prise de Taïwan avant 2049 - le centenaire de la fondation de la République populaire de Chine par le Parti communiste chinois - s’inscrit dans le cadre du “rêve chinois” et consiste à mettre un terme à la guerre civile inachevée entre Mao Zedong et Chiang Kai-shek. Mais la trajectoire économique et politique des peuples des deux côtés du détroit est différente, ce qui rend ce rêve difficile. 

La volonté du gouvernement chinois de convaincre les Taïwanais que l’unification est inévitable n’a pas fonctionné jusqu’à présent, parce que les intimidations chinoises sont trop ostensibles, mais les cyberattaques sont plus difficiles à déceler, a-t-il souligné, en précisant qu’il ne faut pas oublier que la propagande du Parti communiste s’adresse souvent à l’opinion publique chinoise elle-même. 

Selon Jacques Gravereau, le Président chinois Xi Jinping fait actuellement face à des problèmes plus urgents à régler, mais l’attaque russe de l’Ukraine montre que les dirigeants peuvent mettre leurs menaces à exécution. En revanche, il estime que l’idée reçue selon laquelle Taïwan pourrait être envahi en quelques jours est infondée. La réalité sur le terrain serait plus compliquée. En outre, le dernier conflit armé dans lequel la Chine était engagée date de la guerre sino-vietnamienne de 1979, et elle s’est soldée par une défaite pour Pékin. 

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