Alors qu’ont lieu aujourd’hui les commémorations de la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le président du Kuomintang (KMT) Eric Chu (朱立倫) a prononcé hier des propos polémiques comparant les régimes totalitaires d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini au traitement de l’opposition par le président taïwanais Lai Ching-te.
C’est lors d'une réunion du comité central du KMT, principal parti d’opposition à Taïwan, qu’Eric Chu a fait cette analogie périlleuse, rappelant que Hitler et Mussolini avaient, au nom du droit, purgé l’opposition dans leur pays. Ces propos s’inscrivent dans un contexte politique particulier à Taïwan, alors que plusieurs bureaux du KMT ont fait l’objet, au cours des dernières semaines, d’une série de perquisitions et d’arrestations suite à des falsifications présumées de signatures dans le cadre de plusieurs procédures de destitution visant des députés du Parti démocrate progressiste (DPP). Le KMT et son allié, le Parti du peuple taïwanais (TPP), affirment que ces procédures judiciaires s’inscrivent dans une volonté de persécution politique de l’opposition par le DPP au pouvoir.
L'Institut allemand à Taïwan a réagi hier soir sur les réseaux sociaux et s’est dit « profondément déçu et préoccupé » par les remarques d’Eric Chu, ajoutant que « la comparaison entre les atrocités du régime nazi commises entre 1933 et 1945 et la situation politique actuelle à Taïwan était profondément perturbante ».
L’Institut allemand à Taïwan a appelé le KMT à « cesser de faire des analogies inappropriées » avant de déclarer que « les millions de victimes du nazisme méritaient la dignité de la vérité historique et non pas la distorsion de la mémoire du passé à des fins politiques ». La représentation israélienne à Taïwan a également condamné les propos d'Eric Chu, qualifiant la comparaison de « profondément offensante et inacceptable » pour les victimes de l’Holocauste.
Le vice-ministre des Affaires étrangères Chen Ming-chi (陳明祺) a approuvé la condamnation de l’Institut allemand à Taïwan, qualifiant l’analogie utilisée par le président du KMT d'inappropriée « autant pour Taïwan que pour les autres pays ».
Enfin, suite à la demande du DPP de présenter ses excuses, le président du KMT a déclaré que les gouvernements étrangers ne pouvaient pas devenir complices de la persécution de la démocratie et ne devaient pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays. Eric Chu a ajouté que « la dictature du président Lai et la persécution de l’opposition allaient dans le même sens que le fascisme, et que c’est le président Lai qui devait vraiment y réfléchir ».