Selon un article du Wall Street Journal, la préparation de l’armée populaire de libération chinoise à mener un blocus de Taïwan aurait atteint un stade sans précédent. L’APL serait désormais en capacité d’encercler Taïwan et de l’isoler. Le gouvernement chinois pourrait prendre des mesures afin de pousser le gouvernement taïwanais à se rendre en cinq étapes : frappes aériennes ciblées sur des infrastructures clé, encerclement par des navires de guerre, mise à profit des failles dans le système de garde-côtes taïwanais, blocage des navires marchands et coupure des réseaux reliant Taïwan à l’étranger.
Interrogé par les députés ce matin à ce sujet au Yuan législatif, le ministre taïwanais de la Défense, Wellington Koo (顧立雄) a rappelé que les actions que le gouvernement chinois pourrait entreprendre sont basées sur des hypothèses de simulation, qui ne sont pas prises à la légère et pour lesquelles le gouvernement taïwanais a prévu des plans d’intervention.
Il a souligné que Taïwan devait renforcer ses capacités d’autodéfense, mais qu’en tout état de cause, si la Chine venait à imposer un blocus à Taïwan, cela aurait un impact sur le monde entier, en raison notamment de facteurs économiques. Wellington Koo considère ainsi que la communauté internationale ne restera pas les bras croisés.
Il a déclaré : « La région Indo-Pacifique représente plus de 50% du volume mondial des échanges commerciaux, cela aurait un impact considérable sur la prospérité et la stabilité mondiales. Je pense que la communauté internationale ne pourrait rester les bras croisés face à un tel blocus. Par conséquent, face à ces menaces chinoises, nous devons renforcer nos capacités d'autodéfense et les combiner avec les forces de nos alliés, afin d’éviter qu’une telle situation se produise. »
L’article du Wall Street Journal a par ailleurs soulevé des inquiétudes quant à la durée pendant laquelle Taïwan pourrait tenir sans eau, électricité, nourriture et énergie, en cas de blocus ou d’attaque de la Chine. A cet égard, le ministre taïwanais de l’Economie, Kuo Jyh-huei (郭智輝) a affirmé aujourd’hui que le gouvernement avait prévu des contre-mesures, mais qu’il n’était pas opportun de divulguer combien de temps Taïwan pourrait tenir.
Réagissant à l’article du Wall Street Journal, l’ancien fonctionnaire du ministère américain de la Défense, d’origine taïwanaise, Tony C.T. Hu (胡振東), s’est exprimé ce matin lors d’une conférence sur les affaires de défense, organisée par la Vision Foundation à Taipei. Il a indiqué que Samuel Paparo, chef du Commandement américain pour l’Indo-Pacifique, avait déclaré que les États-Unis étaient confiants dans leur capacité à briser un éventuel blocus chinois à l’encontre de Taïwan. Il a rappelé que les Etats-Unis étaient non seulement liés à Taïwan par le Taiwan Relations Act et qu’un tel blocus porterait également atteinte aux intérêts américains.
Tony C.T. Hu a ajouté que l'invasion de Taïwan par la Chine ne pourrait réussir que dans un seul scénario dans lequel l’intervention des Etats-Unis serait difficile : si la cinquième colonne à Taïwan perturbait l’ordre social, détruisait des infrastructures, voire menait une stratégie militaire de “décapitation” (visant le commandement politique ou militaire), ce qui pourrait entraîner une reddition avant l’arrivée des troupes américaines.