Vendredi 20 septembre, lors de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire, la députée sans étiquette Kao Chin Su-mei (高金素梅) a demandé de renvoyer le projet de loi de finances présenté par le gouvernement central pour l’année 2025 en comité de procédure, invoquant le fait que les implications budgétaires de certaines lois récemment votées par le Yuan législatif n’avaient pas été prises en compte. Le Kuomintang (KMT) et le TPP (parti du peuple taïwanais), ayant à eux deux la majorité parlementaire, ont approuvé ce renvoi de ce projet de loi. Le motif de la discorde porte notamment sur l’indemnisation des autochtones en contrepartie de l’interdiction d’exploiter les zones forestières, qui n’aurait pas été inclus dans le projet de budget de la Commission des Affaires autochtones.
Dans un communiqué, le groupe parlementaire du KMT a aussi souligné que le ministère de l’Agriculture n’aurait pas tenu compte dans son projet de budget de l’augmentation du prix d’acquisition des stocks alimentaires publics, une résolution adoptée par le Parlement en juillet dernier. Le KMT a par ailleurs remis en question le montant très important que le gouvernement prévoit de verser à l’entreprise publique d’électricité Taipower et l’augmentation significative prévue des dépenses de publicité, marketing et de communication du gouvernement.
Le président du groupe parlementaire du Parti démocrate progressiste (DPP), Ker Chien-ming (柯建銘) a vivement critiqué, dans une interview accordée hier, cette attitude de blocage de la majorité parlementaire KMT-TPP et a même évoqué une éventuelle demande d’interprétation de la Constitution. Le Premier ministre Chuo Jung-tai (卓榮泰) a quant à lui appelé les députés des différents partis à dialoguer, afin de pouvoir approuver le projet de loi de finances dans les temps.
Wu Szu-yao (吳思瑤), secrétaire général du DPP, a quant à elle déclaré, lors d’une conférence de presse aujourd’hui, que l’opposition KMT-TPP avait profité de sa majorité au Yuan législatif afin de faire adopter, lors de la dernière session parlementaire, le doublement de l’indemnisation des autochtones en contrepartie de l’interdiction d’exploiter les zones forestières et que cela portait désormais cette indemnisation à 42% du budget annuel de la Commission des Affaires autochtones. Selon elle, cette décision nuit au budget gouvernemental prévu dans le but d’élargir la prise en charge des autochtones, cela va à l’encontre de la Constitution et de la loi sur la discipline budgétaire.
Wu Szu-yao a rappelé que dès que le projet de loi de finances avait été renvoyé, le DPP avait écrit au président du Parlement, Han Kuo-yu (韓國瑜), espérant qu’il convoque une réunion de coordination entre le gouvernement et le yuan législatif, afin de résoudre les éventuels conflits. Le groupe parlementaire du DPP est ouvert à la discussion, a-t-elle souligné. Elle a affirmé :“Le DPP, que ce soit au niveau administratif ou de son groupe parlementaire, donne la priorité au dialogue et à la coordination, afin de surmonter ces difficultés. Nous explorerons aussi les autres pistes de résolution possibles. C’est le Yuan exécutif qui est particulièrement visé par cette attaque. En ce qui concerne l’opportunité de demander une interprétation constitutionnelle, le DPP soutiendra la décision que prendra le Yuan exécutif à cet égard et apportera, le cas échéant, son soutien.”
Le Parti du Peuple taïwanais (TPP) a aussi tenu une conférence de presse ce jour. Huang Kuo-chang (黃國昌), président du parti, a souligné à cette occasion qu’il était de la responsabilité des députés de mettre en lumière les incohérences du projet de loi de finances et il a critiqué le “deux poids, deux mesures” que constitue selon lui la menace brandie par le groupe parlementaire du DPP de demander une interprétation constitutionnelle. Il a rappelé que lorsque l’actuel Président Lai Ching-te (賴清德) était secrétaire général du DPP en 2008, le DPP avait aussi renvoyé le projet de loi de finances proposé par le Président Ma Ying-jeou (馬英九), du KMT, en comité de procédure.