Dimanche 9 juin, les garde-côtes taïwanais ont intercepté un hors-bord enregistré en Chine qui était parvenu dans l’estuaire de la rivière Tamsui, à quelques kilomètres au nord de Taipei. A son bord, un Chinois de 60 ans surnommé Ruan (阮), a été intercepté par les garde-côtes sans résistance, celui-ci ayant indiqué vouloir fuir la Chine, craignant pour sa sécurité après avoir critiqué le gouvernement chinois sur les réseaux sociaux. Bien qu’à l’heure actuelle, il soit trop tôt pour déterminer s’il est sincère ou s’il travaille en sous-main pour le gouvernement chinois, selon certains chercheurs, il pourrait s’agir d’une tactique visant à tester les vulnérabilités de Taïwan en matière de défense. En outre, le Chinois en question aurait été capitaine de navire dans la marine de l’armée populaire de libération.
À cet égard, le Premier ministre Cho Jung-tai (卓榮泰) a déclaré ce matin que le gouvernement prenait très au sérieux cet incident : ”L'équipe de sécurité nationale doit immédiatement renforcer toutes les mesures de protection. La sécurité nationale ne peut pas être négligée un instant, ni susciter des inquiétudes parmi la population. Nous avons lancé un processus d'enquête et de protection." Il a précisé qu’un rapport sera présenté prochainement à ce sujet et que si l’enquête montrait que le personnel ou les équipements des garde-côtes étaient insuffisants, ceux-ci seraient renforcés.
Le ministre de la Défense, Wellington Koo (顧立雄), a quant à lui déclaré aujourd’hui que l’estuaire de la rivière Tamsui était l’un des points névralgiques pour la défense de Taïwan et que cette intrusion pourrait potentiellement constituer une forme de harcèlement déguisé de la part de la Chine. Il a affirmé :“Il n'y a aucun moyen d'exclure une telle possibilité. Le harcèlement déguisé a toujours existé. Bien entendu, des clarifications pertinentes doivent être apportées. Mais nous devons toujours maintenir une grande vigilance et nous n’excluons aucune possibilité. Nous adopterons des procédures en réponse.”
Le ministre a par ailleurs préconisé que Taïwan tire des leçons de cet incident, afin d’apporter des améliorations pertinentes à son système de protection. Il a précisé que les garde-côtes disposaient de radars et qu’en cas d’intrusion subite d’un navire non-enregistré, l’armée taïwanaise apporterait son soutien. Quant aux récentes intrusions de drones civils chinois à Kinmen, notamment pour larguer des flyers à contenu politique, Wellington Koo a souligné que cette attitude nuisait aux relations apaisées entre les deux rives et ne contribuait pas à la stabilité dans le détroit de Taïwan, appelant ainsi la Chine à y mettre fin.
Sous le feu des critiques, Kuan Bi-ling (管碧玲), présidente de la Commission ministérielle des Affaires océaniques, a déclaré que lorsque le hors-bord avait atteint 6 milles nautiques (11 km) au large de Tamsui, le radar de la patrouille côtière l'avait détecté. Cependant, les garde-côtes ont considéré à tort ce hors-bord comme un bateau de pêche taïwanais sur le retour. Ce n’est que lorsqu’il est entré en collision avec un autre bâteau que les garde-côtes l’ont intercepté. Kuan Bi-ling a indiqué que des mesures disciplinaires avaient été prises à l’encontre de dix garde-côtes pour négligence dans cette affaire, et a exhorté les garde-côtes à faire preuve d’une plus grande vigilance à l’avenir.